Quand les fleurs commencent à sécher, elle exhalent un parfum puissant. Elles ne sont ni fraîches, ni sèches. Elles se fânent. Elles ne sentent plus, elles exhalent ce qu'elles avaient dedans, elles le crachent, elles le soufflent à l'extérieur, elles le soufflent dans l'air autour, et ça habite la pièce, et ça habite tellement la pièce qu'en rentrant vous vous demandez ce qui se passe, ce qui s'est passé dans la journée, et vous vous rendez compte que l'air de la pièce que vous avez quitté au matin et que vous retrouvez le soir a une histoire qui se déroule sans vous, qui s'est déroulé sans vous minute après minute, et vous vous demandez si ça vous fait sentir plus tout à fait chez vous ou encore plus chez vous, avec ces odeurs que vous ne pensez même plus à retrouver et que vous retrouvez toujours sans vous en rendre compte, et qui vous font dire je suis chez moi mais là vous ne les retrouvez pas, il y a cette chose dans l'air qui vous dérange et qui fait de vous un animal qui tout à coup se redécouvre animal. Ce quelque chose de trouble qui vient soulever le fond de vos habitudes les plus intimes, celles que vous ne connaissez même plus à force d'évidence. Evidences évidées de toute conscience, de toute apparition d'elle-mêmes à force d'être le contenant de chacun de vos gestes, de chacune de vos sensations, et tout à coup elles apparaissent dans la puissance loufoque de leur glissement, de leur soulèvement, de leur trébuchement : elle peuvent vous faire tenir debout face à des tempêtes, mais un grain de sable les fait chavirer dans l'instant. Et l'ivresse que vous pourriez manger des fleurs là, maintenant, tout de suite