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découpes, 1994-1995

Se confronter à la mort dans l'évangile de saint jean des paroles du christ qui m'ont révolté c'est en haïssant notre vie en ce monde qu'on la conserve en vie éternelle, désirer la mort sacrifier qui te délivrera, mais par colère en toute lettre coupable et dieu est sauf, qui est révoltant n'est pas la mort c'est la vie comme la plus grande servitude est aussi intérieure il faut être égoïste. J'ai une révolution à faire. A l'intérieur de moi-même il faut passer tout entier par le feu, alors tout passera avec où dieu n'est pas présent, sentiment d'infériorité, narcissisme, complexe de supériorité, effleurer la réalité en retrait de tout, comme suspendu entre deux eaux, et je m'inquiète beaucoup, ma volonté désarticule et trahit tout ce qui me semblait être, depuis un long moment déjà ma foi s'effiloche, je ne prie plus, je n'en ai plus envie. Que tout était fini, quatre mois de vacances, cette randonnée dans la vallée, d'être trahi manipulé, violé, ce soir j'ai la nausée. J'ai peur de la mort, de courir ça défoule et ça vide la tête, cette peur démente je sais pourquoi, les bruits d'un corps qui retourne la terre emportant un peu de nous, fidèle à l'impératif, s'écrasant longuement sur le sol, noircissant la terre et l'écorce, confondant les ombres et les corps, au rythme fascinant d'une vague s'engouffrait dans le monde, dans cette obscurité étouffante, cette douleur sur la poitrine, carapace du mal à saisir ce qu'ils ressentent, à savoir qui ils sont, que je me laisse croire d'être hors du temps par la grâce qui nous sépare n'existe plus, de quel sorte d'idéal baigne-t'on la notion d'humanité, deux mères se sont rencontrées pour la première fois, deux soeurs, Catherine et Dominique, ce que j'aime c'est la fausse solitude, peuplée de présences proches et effacées, il y a des choses que je ne veux pas m'avouer, le temps est précieux, le mal, l'Homme n'existe pas je veux dire l'Homme avec un grand H, il m'a dit merci et crève, de temps en temps je donne une pièce, ça soulage et ça déculpabilise, ça relève le sens moral, responsabilité civile, d'autre part subjective.

Le temps. Philippe est mort cette nuit. Après onze ans, il s'est acharné à vivre s'est battu jusqu'au bout dans les bras de Dominique. Le remplacer, jaloux jusqu'à désirer avoir la maladie. Nous avons débarrassé les habits de Philippe, au début je ne voulais pas, j'ai pris tout ce que je pouvais, comment pourrais-je porter tout cela, c'est trop, et ces non-dits qui mettaient encore plus, on en étoufferait, qu'il y ai une justice, ne s'effondre pas. Nous étions réunis tous les quatre, nous ne sommes plus que quatre, tous ensemble j'essayais de l'éviter maintenant elle est là, chacun nous étions seuls face à la maladie de Philippe, sur elle-même, confinée, s'amplifiant dans cette résonnance, aucune prise, dans un idéal par peur d'être violenté, par ce qui se passe autour, avoir été longtemps en retrait, pour l'accepter, se donner des explications des raisons, y a t'il une vérité pour vivre sans lui, si on prenait un coup de marteau sur la tête, sans broncher, sans craquer, sinon renfermer, sinon dissimuler, éteindre, et s'étouffer ou crier et je refuse maintenant aucune vérité comme un devoir-être, et même si elle existait il y a des fois où on en crèverait de la vérité. Un rêve, croire que, mais lire dans ses yeux la gravité, se réveiller et se dire que c'est déjà fini, toujours en revenir au même point, dans les yeux de Philippe cette angoisse dans son souffle, le coup de téléphone de Dominique pendant la nuit, le corps encore chaud, paisible, marqué par la fatigue de la lutte, et toute sa solitude. Peur de regarder, peur de devoir grandir et regarder, à cause de cette jalousie, prendre la maladie de Philippe et mourir à sa place, la mort est devenu insurmontable parce que nous voulions tout surmonter. Rêve semblable au premier, Philippe était près de moi et cette fois çi j'étais dans ses bras, il me rassurait, mais moi je n'arrivais pas à croire ses paroles, dont il me parlait était autre chose que la guérison. Rêve, réunis dans une pièce sans couleur, et je parlais de Philippe, et je me suis rendu compte qu'il était là, alors je me suis tû, et il écoutait silencieux, pas angoissé mais sa tristesse était d'une profondeur. Sentiment d'injustice, impuissant, car encore faudrait-il qu'il y ai une justice, à ne plus rien désirer, je tue le désir avant qu'il ne surgisse, de geste en geste vers l'irritante inutilité des occupations, à combler le vide, à se perdre dans le vide. Philippe avait griffonné sur un carnet « faire de petites choses, plutôt que ne pas faire de grandes choses ». Il y a mon cri qui veut sortir mais qui ne peut pas, il n'y a pas de son dans vide. Rêve, Philippe était allongé et je lui parlais et lui me regardait et son regard voulait me dire qu'il était en phase terminale, même regard qu'il a eu les derniers mois, les dernières semaines, a finit par me le dire avec des mots mais je ne voulais pas l'entendre, je continuai à parler, et quand fini ma phrase je restai silencieux. Je me suis rapproché de lui et l'ai serré dans mes bras. Rêve, j'avai la maladie de Philippe, nécessité de la cacher. Les vérités, enfermer la vie dans nos vérités, refuser tout, assez de tout remettre en cause, me laisser vivre. Rêve, Philippe était vivant, je le croyais mort mais il était là, comme les autres fois nous savions qu'il allait mourir, mais il survivait jour après jour semaine après semaine au delà de tout espoir. Il survit rêve après rêve, je l'ai serré dans mes bras. Les immortels, ceux qui ne vivent pas, ses lieux de mémoire se sont effondrés, ils ne meurent pas, notre invalidité devant la vie, je ne surmonte pas, le devoir-être forge le poison de l'absurde maintenant que je ne crois pas en dieu, nous y perdons notre corps pour le reste, je n'ose pas, comme eux ils n'ont jamais osé, partir pour ne pas subir la continuelle souffrance des parents, et l'envie de pleurer, prendre sur moi la destinée familiale pour tenter d'exorciser, exactement le schéma qu'il faut que je m'emploie à ne pas



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