Ce qui m'a le plus étonné là dedans c'est de voir les gens prendre des risques. Prendre le risque d'eux-mêmes. Pas celui de se livrer, se raconter, mais celui de partir de soi sans trop savoir où ils vont, si ce n'est s'en remettre à un espace de confiance qui ne leur appartient plus tout à fait. Et ça sans jamais aucune certitude de réciprocité. Alors bien sûr, la confiance c'est les autres qui la reconduisent, mais d'abord elle vient de soi, et d'abord elle n'est pas là, au départ il y a le risque. Et pas le risque pour le risque, mais le risque pour ce que ça peut ouvrir. C'est une curiosité, un désir, et ceux qui sont là dans une certitude (quelquonque), c'est qu'ils sont fermés, et rien ne s'est passé pour eux. D'ailleurs, ce qui s'est passé, ce n'est pas moi ni Arno, ou alors juste le fait de laisser s'ouvrir les portes que nous mêmes n'avons ni cherché à ouvrir ou fermer. Pas de sécurité, l'accueil qui se rejoue toujours, pas de programme (même si l'accumulation et la dérive construisent du sens, un sens qui n'était pas donné au départ), juste des déclencheurs lachés (ni indicatifs, ni directifs) et cette énergie qui rebondit avant même que finisse un énoncé (ou bien alors, son hésitation mais qui continue de la constituer comme énergie). Et je ne sais pas si ce qui m'a le plus touché dans cette énergie là c'est d'y trouver les singularités de chacun, ou bien ce qu'il y a de commun de chacun à chacun. En somme quelque chose d'extrèmement simple, et toutes les couches qu'on s'est épargné d'essayer de peler pour y arriver.